Ironman Frankfurt – European Championship – 24 juillet 2011

Publié le par Bouille

Touched by the Grace… while touching the void…

Voilà en une expression “british” résumée ma course de ce 24 juillet. En VF, c’est nettement moins classe mais ça donnerait à peu près « touché par la grâce au moment où je touchais le fond ». Et pourquoi donc ? Je vous explique…

La pré-course

Comme d’habitude, les 15 jours précédents un Ironman sont des phases difficiles à gérer : baisse du volume, la fatigue a tendance à ressortir, manque de sensations, etc… Bref, je n’étais pas au top. De plus, un déplacement pro de 3 jours en Pologne et au Danemark à 10 jours de la course m’avait complètement sorti de ma préparation. J’ai dû me remobiliser le WE du 14/7 avec mes dernières séances clefs, mais mes sensations n’étaient pas transcendantes. En bref, je n’avais à aucun moment ressenti ce petit déclic au fond de moi synonyme de « t’es prêt, t’es costaud, sois confiant ! »

Arrivée à Francfort le jeudi soir. Trois jours pépères, entre formalités pré-course, pâtes, petits-entraînements de reprise de sensations, pâtes, repérage de parcours, pâtes + gateau de semoule, dodo, pâtes + bananes. Je suis fier d’annoncer qu’avec Anne-Laure et Nico, on connait tous les restaus italiens aux alentours de la gare de Francfort !

La course

Temps très maussade en ce 24 juillet. Il pleut, il fait froid, et la météo annonce du vent. Ca promet… Mais ces conditions ne m’effraient pas car je me dis qu’elles seront identiques pour tout le monde. Encore plus qu’à l’accoutumée, ce sera une course d’usure, pendant laquelle il faudra avoir un gros mental : lutter contre soi mais aussi contre les éléments. Ca sera encore plus dur alors il faudra juste être un peu plus fort dans la tête que les autres. Et j’aime ça !

Je pars dans la première vague à 6h45. Les pros sont 100m devant. Le départ est brouillon : je n’entends aucun signal ou coup de pistolet mais me mets à nager dès que je vois les pros démarrer. Le faible nombre de concurrents dans la première vague me permet de poser ma nage rapidement. J’ai du mal à trouver des pieds à mon niveau donc nage souvent seul. Sortie à l’australienne… j’entends mes supporters crier mon nom… sympa ! Deuxième boucle dans un petit paquet, bien au chaud, et je sors de l’eau en 56’13, soit 4’ de plus que mon temps de 2008. Je rentre dans le parc à vélo avec DU, sorti de l’eau en même temps que moi. 114ème temps natation et 26ème de ma catégorie.  Je suis un peu déçu… mais je me raisonne en me rappelant qu’il n’y avait probablement pas la distance en 2008.

Le temps est toujours aussi froid. Je prends donc l’option « maillot vélo ». T1 bouclée en 3’46.

Début du vélo à bloc. Je rattrape Willy, sorti de l’eau 1’10 devant moi au bout de 2km, et Nico un peu après. Bonne sensations, je mets du braquet tout en maintenant une cadence de 80-90 rpm. J’avale la première bosse en rattrapant de nombreux athlètes. Mais il fait froid et …. la pluie ne tarde pas à tomber… C’est bien le pire moment pour aborder le secteur pavé de « the Hell » après un virage dangereux en angle droit. Les pavés sont tellement glissants que ma roue arrière patine. Touching the void …. Je me dis qu’au tour suivant, je passerai sur le petit plateau.

Mon premier gel passe bien, mais je bloque sur le suivant à cause du froid. Impossible d’avaler convenablement. Je jette donc mon dévolu sur ma boisson énergétique, tout en sachant qu’avec ce temps froid, j’aurai besoin sous peu de m’arrêter pour soulager ma vessie…  En réalité, je ne m’arrêterai pas. No comment ! ;-)

Le retour vers Francfort sur la fin du deuxième tour est difficile car le vent souffle fort. Je déraille deux fois en passant du gros plateau au petit alors que ma chaine était sur le 19 dents derrière. C’est surprenant… problème de lubrification ? conditions météo ? Quoi qu’il en soit, je ne m’affole pas et repars posément sans à coups. Ces deux arrêts inopinés pour débloquer ma chaîne me couteront quand même 1 mn au total… J’en tire heureusement des leçons et ne reproduis pas ces erreurs sur mon deuxième tour .

Fin du premier tour vélo. Je rentre dans Francfort. J’ai si froid que j’envisage de m’arrêter pour chiper un k-way à un spectateur. Les virages à angle droit s’enchainent et je contrôle mon vélo avec le plus grand mal tout en essayant d’éviter les bandes blanches sur la chaussée, souvent causes de glissages par temps pluvieux. Touching the void again….

Je repars pour le deuxième tour, sans k-way, mais avec un vent de dos qui ne me refroidit plus. C’est déjà ça…

Je fais un bon deuxième tour, tout en prudence. Je guette le coup de barre habituel au K120-130 mais ne le vois pas arriver. Je suis scotché par un vent de face sur le retour vers Francfort mais ne m’affole toujours pas. J’en profite pour m’alimenter et prends deux gels d’un coup. Ca passe mieux. Je me force également à avaler une powerbar.

Deuxième et dernière montée de Heartbreak Hill, encouragé par mes parents, Anne-Laure et ma petite Mahée. Je suis bien. Puis c’est la descente finale vers Francfort. Ca fait 4h35 que je roule et je me dis que mon temps de 4h54 de 2008 va être difficile à battre… Et effectivement, je pose le vélo en 4h57. Je réaliserai le lendemain que le temps vélo est excellent compte tenu des conditions météo difficiles.  73ème temps vélo au général. J’ai remonté 13 places et suis maintenant 13ème dans ma catégorie.

T2 en 1’35. Je prends le temps de changer de chaussettes car je suis trempé. J’ôte mon maillot vélo, enfile ma casquette dont l’objectif est avant tout de m’isoler de l’extérieur vu qu’il n’y a pas de soleil, et je pars illico en fréquence à 4’15-4’20 / km. Quatre tours de 10.5km au programme.

J’ai bien en tête les conseils prodigués par Tonio la veille « fais un bon vélo sans te poser de questions, pars prudent sur le marathon, et sois en mesure d’accélérer sur le deuxième semi ». Limpide, mais challenging. En effet, courir en negative split sur marathon Ironman est loin d’être évident…

Quoi qu’il en soit, je tiens un bon rythme. Le premier tour est bouclé en 45’ soit 4’17/km (14 km/h pile). Je suis facile mais reste prudent : le coup de bambou va forcément tomber sur le deuxième tour. Deuxième tour bouclé en 46’20 soit 4’24/km (13.6 km/h). Ca va, je tiens bon… Le troisième tour est évidemment le plus difficile mais j’arrive à courir en 47’10 soit 4’30/km (13.4 km/h). Le vent souffle fort de face sur la moitié du parcours mais je repense à mes séances d’entraînement sur le bord du canal de l’Ourcq dans le vent… raccourcir la foulée, baisser le menton, rester régulier, s’abriter derrière d’autres concurrents… et les dépasser… et continuer jusqu’au demi-tour synonyme de vent dans le dos… C’est ainsi que je boucle la première partie de mon 4ème tour. Je reprends la première féminine précédée par son escorte motorisée. Elle en chie et ça se voit. Je suis surpris de ne pas en chier plus. C’est difficile, mais pas autant que sur mes précédents Ironman. Touched by the Grace ?

K38, je vois Tonio 100 mètres devant moi. J’ai un tour d’avance. J’essaie de le rattraper pour finir ma course avec lui. Mais je n’y arrive pas. Je ralentis ? En fait non, il me dira après la course qu’il a accéléré pour me servir de point de mire. Amitié, abnégation… Merci mon Tonio. T'es grand!

J’arrive au bout de ce marathon… je quitte la boucle pour rejoindre les 200m de tapis rouge. Je me retourne… personne… je vais la savourer cette arrivée… pas comme en 2008 où j’étais suivi par deux jumeaux de ma catégorie d ’âge (véridique !). Alors je lève les bras, je tourne sur moi-même, j’harangue la foule, je laisse éclater ma joie. Je prends mon temps pour parcourir les 50 derniers mètres…. Jusqu’à ce qu’un rapide coup d’œil sur le chrono situé au-dessus de la ligne d’arrivée me rappelle que les secondes défilent… et que si je ne me dépêche pas de franchir la ligne, c’est en 9h08 que je serai fiché et non en 9h07 ;-)

Alors à contrecœur, je mets un terme à ce court moment de liesse collective. Je franchis la ligne… je titube… je lève les yeux… je vois Anne-Laure, Mahée et mes parents… Intense émotion ! Quelques larmes. Je prends Mahée dans mes bras. Je réalise que j’ai encore fait quelque chose de grand (décidément, on ne s’en lasse pas !).

Marathon bouclé en 3h09. Mon record sur la distance en Ironman. Une vraie référence car je sais le prix des minutes sur marathon Ironman et le petit nombre des happy few qui ont pu courir en moins de 3h10. Je me demande comment j’ai fait pour courir à cette allure, et je n’ai pas la réponse ! Je ne l’ai toujours pas à l’heure où j’écris ces lignes.

29ème / 2900 participants au scratch. 5ème dans ma catégorie. Je gagne mon slot pour Hawaï haut la main.

Partira ? Partira pas ?

Longue réflexion qui commence dès le dimanche soir et qui ne s’achèvera que le lendemain matin à 11h. D’un commun accord, à 11h du matin lundi, nous décidons avec Anne-Laure de ne pas partir. L’entraînement est trop contraignant, problèmes de garde de Nathanael, financement du voyage, contraintes professionnelles et nombreux déplacements déjà prévus à la rentrée. Un choix de raison. Je suis convaincu que c’est la décision la plus sage à prendre, mais j’ai quand même la mort dans l’âme. Anne-Laure également est embêtée, je le sens. Elle connait la valeur d’une qualification et comprend la difficulté du choix. C’est alors qu’elle me propose de partir seul. Nouvelle réflexion en famille… c’est décidé : je prends mon slot pour Hawaï! Un peu déçu à l’idée de m’y retrouver tout seul, mais je l’aurais probablement été encore plus si je n’y étais pas allé du tout. Le choix du cœur l’aura finalement emporté sur le choix de raison.

Que dire pour finir, si ce n’est remercier mes proches car sans eux ces moments de bonheur seraient impossibles. J’ai à nouveau vu des étoiles dans les yeux d’Anne-Laure et de mes parents. Mais les plus belles étaient celles dans les yeux de Mahée qui n’a pas quitté sa médaille de finisher pendant deux jours. « Papa, papa, je peux aller au spectable avec toi ? » (comprendre : « papa, je peux t’accompagner sur la scène pour récupérer le slot pour Hawai? »).

Le triathlon est un sport d’égoiste, c’est vrai. Mais c’est aussi un formidable vecteur d’émotions collectives, et de partage. Amusant paradoxe ! Merci à tous pour votre soutien passé, présent, et à venir.

Les photos dans l'album dédié.

Publié dans Récits Ironman

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Fred 31/07/2011 21:58



Bonsoir Jean Baptiste, cher voisin de parc d'un jour (icn le 346).


Bravo pour ta course et pour ce beau compte rendu de course... Tu as été un vrai guerrier et mérite largement ce slot. Les conditions ont eu raison de moi et cela ne s'est pas passée comme je le
voulais... mais comme tu le dis si bien, les conditions climatiques étaient les mêmes pour tout le monde.


Ta concentration avant le départ était déjà très importante. Tu avais la gniacque, c'était perceptible. Heureux en tout cas d'avoir partagé quelques instants avec un champion et de se retrouver
une fois encore par hasard après la course.


Je te souhaite le meilleur pour Kona. Chaque année je suis le live sur internet jusqu'au bout à défaut d'y être. Je te suivrai donc.


A plus, et si tu as un peu de temps à perdre, n'hésite pas à lire mon CR sur le blog:


http://roadrunner-ironman.sport24.com/645985/IRONMAN-FRANCFORT-2011-UN-COUP-POUR-RIEN/


Bon vent, je glisse ton blog dans mes favoris.


Fred



Monsieurcroco 29/07/2011 12:00



C'est grand ce que tu as fait.


une fois encore


FELICITATIONS !!!!!


:-)



JB 16/09/2011 23:14



merci Croco!