Ironman d'Hawaii - 11 octobre 2008

Publié le par Bouille

Ci-dessous le récit "fleuve" de ma semaine hawaienne, écrit au jour le jour... Bonne lecture.

Samedi 4 octobre

 

Me voilà dans l'avion. Après deux semaines complètement folles pendant lesquelles j'ai passé mon temps à courir entre les obligations professionnelles, familiales, et les entraînements (deux semaines à 18h), je me retrouve au dessus de l'Atlantique Nord, en route vers Chicago.
Je n'ai pas encore eu le loisir de penser à LA course, trop absorbé par les impératifs du quotidien parisien. Mes derniers gros entraînements du week-end dernier m'ont laissé des sensations en demi-teinte : j'étais sur les rotules, à la ramasse (ce qui ne procure jamais de bonnes sensations), mais j'ai quand même réussi à boucler 170 bornes en étant fatigué le dimanche (ce qui est plutôt positif).
Comme à Frankfurt, il me reste quelques jours pour me construire un moral de killer afin d'aborder la course sous mon meilleur jour.

Dimanche 5 octobre 

Nous tapons la discut avec Mr Dave Scott pendant le vol SF-Kona. Il ne courra pas cette année suite à une contracture au mollet qui l'empêche de courir. Photo, papotage autour des temps de qualif, il est super accessible et très sympa.
Kona, nous voilà ! La descente de l'avion par la passerelle nous impose tout de suite la réalité cette île perdue au milieu du Pacifique : il fait chaud, très chaud... et le vent souffle... fort ...
Nous récupérons la voiture et filons monter les vélos pour une petite sortie de 1h souple, afin de commencer l'acclimatation et de se fatiguer un peu physiquement ce qui nous permettra de nous adapter plus facilement au décalage horaire. On est quand même à -12 heures par rapport à la France.
Mon vélo a un peu souffert du voyage : le cadre a chopé un accro. Quant à la valise, c'est probablement un de ses derniers voyages car elle a pris cher aussi : le pédalier l'a transpercée.
Nous attaquons donc tranquillement notre sortie vélo sur le coup de 3h30 du mat heure française J soit 15h locale.
Et je vais vite déchanter... En effet, ma chambre à air avant explose et je me casse la gueule en m'arrêtant. J'ai l'épaule râpée, le genou aussi, une bonne douleur au côté droit (je pense m'être fêlé une côte) et le pire concerne mon vélo : un repose coude carbone de mon prolongateur est brisé en deux. Bonjour l'ambiance. Ca promet pour la course...
Finalement, je répare le truc avec du scotch à la barbare, en espérant trouver une pièce de rechange d'ici samedi.

 

Lundi 6 octobre

Aujourd'hui, nous avons repéré la deuxième moitié du parcours vélo, à savoir le retour Hawi-Kailua par la Queen Kaahumanu Highway. 90 km en 2h45 sous un soleil de plomb et dans un fort vent. J'avais l'impression de jouer l'équilibriste sur sa corde la plupart du temps. Et Tonio n'a rien fait pour me rassurer en m'affirmant que le vent n'était pas particulièrement fort aujourd'hui, en comparaison avec ce qu'il est d'habitude. Bref... ambiance...
Les sensations étaient meilleures que hier, mais je ne me sens pas aussi en forme qu'avant Frankfurt.
Nous enchaînons 15 mn à pied ensuite. Ma côte me fait souffrir dès que je cours au train. J'espère que ça va s'améliorer d'ici samedi ou je risque de sérieusement en chier. 

Mardi 7 octobre

 

Natation en mer sur le parcours de l'Ironman pendant 45mn. Les fonds sont magnifiques. C'est comme si je regardais à la tv une émission animalière en faisant du sport. Du coup, le temps passe beaucoup plus vite.

Je me fais interviewer par Christophe Guiard du mag Triathlète. Une première pour moi... Voici d'ailleurs le lien vers l'article :

http://hawaii08.triathlete.fr/post/2008/10/07/Hawaii-%3A-bapteme-du-feu-pour-Jean-Baptiste-Richard

On croise Chrissie Welington. Je lui rappelle qu'elle m'a doublé dans "the Hell" à Francfort. Elle me répond "oh? really? I did this?". On se fait prendre en photo tous ensemble. Elle sourit en permanence. Génial!
Puis je me fait manipuler par des kinés / osthéos qui diagnostiquent un point de compression sur ma côte dû au décalage d'une vertèbre. Ils remettent tout ça en place. J'ai encore  mal, mais un peu moins quand même.
Moment de vérité une heure plus tard puisque je me fais dropper à Energy Lab au K25 par ma sœur et Anne-Laure et je rentre en courant pour répérer la fin du marathon. Je sens toujours ma côte, mais la douleur est supportable. C'est déjà mieux... J'y retournerai demain pour une autre manipulation.
Aprem farniente à la plage des tortues, puis parade des nations sur Alii Drive.

 

Mercredi 8 octobre

 

Ca y est, enfin des bonnes nouvelles : j'ai changé le repose coude carbone de mon prolongateur et ma douleur costale semble aller mieux. Aujourd'hui c'est repos complet et recharge glucidique. Shopping, balade et snorkeling à la plage des tortues, déambulation (déambulage ?) à l'expo Ironman, et la journée passe finalement assez vite.
C'est la mode des bas de contentions : de plus en plus d'athlètes courent avec. Incroyable ! Peut-être vais-je m'y mettre...
Tout sur cette île appelle à l'humilité. Surtout le vent... 

Jeudi 9 octobre

 

Ce matin, nat en mer pendant 40' avec Tonio, Pascal et ma sœur (c'est fou ce qu'elle nage bien). Natation sans ma Blue Seventy, en espérant que j'en sentirai d'autant plus les bienfaits samedi matin.
Enchaînement avec 20' de course à pied, avec à nouveau des modif de tempo : 5' souple - 5' au train - 5' souple - 5' de 15/45. Ma côte va mieux. C'est top.
Aprem tranquille : j'ai accompagné les filles faire du shopping mais j'ai passé quasiment tout le temps assis. Je faisais des sauts de puce de banc en banc.
Pasta party à 18h. Cette « party » n'avait de « pasta » que le nom puisque nous n'y avons pas mangé de pâtes. Le comble... C'est bien la première fois que je voyais ça. On a dîné avec Alexandra Louison.

 

Vendredi 10 octobre

 

La pression monte. Je pensais y échapper compte tenu de mes mésaventures de début de semaine qui m'aurait fait aborder la course en complet touriste. Mais je sens que je vais mieux alors forcément, j'ai envie de bien faire...
Comment je me sens à moins de 19h du départ ?
Un peu tendu. J'appréhende la partie cycliste car je me sens moins prêt qu'à Frankfurt où j'avais effectué un gros travail à l'entraînement en vélo. J'ai l'impression que je ne fais rien depuis 15 jours alors forcément, j'ai l'impression d'avoir régressé. Mais je ne m'en fais pas trop pour ça puisque c'est le ressenti classique qui accompagne toute phase d'affûtage.

Je suis sûr d'une chose : l'Ironman de Frankfurt, c'était de la gnognotte par rapport à ce qui m'attend ici. Intrinsèquement, le parcours d'Hawaii n'est pas extrêmement dur. Mais les conditions climatiques hostiles (vent violent et omniprésent, chaleur saturée d'humidité) le rendent particulièrement difficile.

 

14h. Direction l'aire de départ pour déposer le vélo, les sacs de transition « Bike » et « Run ». Derniers km de vélo histoire de tourner les jambes. Je fais quelques sprints. Difficile de savoir comment je me sens...
La météo annonce des averses sur Kailua pour ce soir et demain donc je ne laisse pas mes chaussures sur le vélo. Ca me fera un truc de plus à faire demain matin avant le départ, mais je préfère ça plutôt que d'avoir les pieds mouillés.
Retour à l'appart à 17h et derniers préparatifs. AS et AL sont encore en train de faire du shopping. Elles sont aux petits soins avec moi, c'est top. Dernière assiette de pâtes vers 18h30 et j'essaierai de dormir un peu.
C'est fou de se dire que demain, je participerai aux championnats du monde Ironman, ici, à Hawaii. Il faut vraiment que je savoure cette chance et que je pense à tous mes potes triathlètes qui m'entourent et qui rêveraient un jour d'y participer. J'ai cette chance, alors je dois tout donner. Pour moi... et pour eux !

 Samedi 11 octobre

 THE race...

En préambule, je dirai simplement que c'est la course la plus dure à laquelle j'ai jamais participé.

 

3h50. Le réveil sonne tôt pour un départ 7h mais j'aime bien prendre mon temps. Une fois n'est pas coutume pour un jour de course, j'ai dormi comme un loir. Le rituel commence : gâteau sport avalé avec un café, vérification de mon « pre-swim » bag, de mes gels énergétiques, ainsi que des quelques affaires  que je n'ai pas laissées sur mon vélo (chaussures, lunettes) car on annonçait de la pluie hier soir.

4h45, nous quittons l'appart en voiture direction l'aire de départ, située sur le Pier au pied de l'hôtel King Kameameha. Les filles nous droppent à 500 mètres car la circulation est déjà coupée et nous finissons à pied.

 

Première étape : se faire tatouer le numéro de dossard. L'équivalent d'un demi-terrain de foot y est consacré à l'arrière de l'hôtel. Je prends la mesure de l'évènement et de l'organisation. On nous annonçait lors de la cérémonie d'ouverture 5000 bénévoles. Et effectivement, quatre personnes s'occupent déjà de moi. Deux « paires » de deux bénévoles par athlète. Une « paire » par bras, un bénévole étant chargé de presser les numéros dans le tampon encreur, l'autre les tatouant sur le bras de l'athlète.

C'est bouclé en 3 mn et je rentre dans le parc à vélo. Les bénévoles forment une haie pour les triathlètes et nous gratifient de « good luck », « enjoy your race ». Je commence à sentir que la journée va être spéciale.

Je finis assez rapidement les préparatifs sur mon vélo (fixation des chaussures avec des élastiques pour gagner du temps à la transition 1, gonflage à 7.5 bars, positionnement de mes gels dans l'ordre approprié, casque et lunettes posés sur le prolongateur) puis j'erre à la recherche de mes potes de club (Antonio, Pascal et Boualem). Je finis par me poser dans un coin, I-Pod vissé sur les oreilles pour me gonfler le mental en écoutant Hysteria et No Stress. Ca avait fonctionné à Frankfurt, alors pourquoi pas ici ?

 

6h30. J'ai enfilé ma Blue Seventy et enduit mes plaies de début de semaine de vaseline pour éviter que l'eau de mer ne creuse trop. Je rentre dans l'eau jusqu'à la taille avec Tonio. Je décide de partir sur la gauche car il paraît que ça bastonne moins qu'au centre. Une foule compacte est amassée sur le parapet le long d'Alii Drive. L'hymne américain retentit. Un hélico vrombit au-dessus de nous. Un avion militaire américain fait du rase motte au-dessus de nos têtes. Et le départ des Pro est donné à 6h45.

Nous (les groupes d'âge) nous jetons alors à l'eau pour rejoindre la ligne de départ, située à 200 mètres de la plage.

6h50. Me voilà en place en première ligne. Encore 10 mn à patienter en rétro-pédalage. Un incessant ballet de long-boards matérialise la ligne de départ et nous incite à reculer. Mais le stress du départ augmente et les 1es concurrents s'amassent sur la ligne, tant et si bien que je finis par me retrouver en 3ème ligne. Je me fais couler deux trois fois, me prends quelques coups qui me rappellent que j'ai encore une côte très sensible. Il va falloir que je fasse gaffe... car le départ va être violent.

Et ce dernier tient ses promesses.

7h. Un Hawaien en tenue locale, collier de fleur, couronne et tout le tralala souffle dans un gros coquillage. Puis coup de canon. C'est parti.

Et me voilà engagé dans le plus long programme de machine à laver que je n'ai jamais expérimenté. Ca cogne dès le départ. Je me fais dé-zipper ma combi par un furieux. Je la re-zippe comme je peux entre deux cycles de crawl. Je mets des jambes et accélère en 2 temps en pensant que je vais pouvoir m'extraire du paquet. Au bout de quelques minutes, j'ai toujours l'impression d'être un linge battu au lavoir. Je repasse en 3 temps. Bonne sensation de glisse, mais je suis toujours au milieu du paquet. Finalement, il faut attendre le demi-tour au large pour que ça s'éclaircisse un peu. Mais si éclaircie il y a, c'est bien au fond de l'eau qu'elle se trouve : les fonds sous-marins sont magnifiques !

Je passe le bateau matérialisant le demi-tour en 31'.

Le retour se passe bien. A part quelques courants froids et contraires, une bouche desséchée par le sel, et un peu de baston le long du Pier sur les derniers 200 m, je sors de l'eau tout frais. Au sens propre comme figuré.

1h03 pour les 3800 mètres de natation en mer, avec la 416 ème place / environ 1800. Ca me change des autres triathlons où j'ai l'habitude de sortie mieux placé. Une preuve de plus que le niveau de ces championnats du monde est particulièrement relevé. Tout le monde nage fort !

 

Bonne transition en 3'. Compte tenu de la distance à parcourir dans le parc, je n'aurais pas pu faire mieux. Je saute sur le vélo et enfile les chaussures. Les élastiques cassent sans problème. Parfait !

La densité de triathlètes est incroyable. J'ai l'impression d'être dans le peloton d'une cyclo-sportive. Les arbitres vont avoir du boulot...

Ces 10 petits km dans Kailua sont la seule partie sinueuse du parcours. Une fois la bosse de Palani Road franchie, virage à gauche, puis on se retrouve sur la Queen Ka'ahumanu Hwy. Et c'est parti pour un aller-retour à Hawi de 170 km, dans un fort vent et une chaleur écrasante, avec 2 virages et un demi-tour. Si si ! Le reste, c'est du tout droit J Pour autant, pas question de s'endormir car ça souffle tellement qu'il faut rester concentré en permanence pour ne pas se retrouver dans un champ de lave à cause des rafales de vent.

Passé Energy Lab puis l'aéroport, la file de cyclistes commence à s'étirer. Les arbitres sont très présents et ça cartonne gaiement. Un jaune par ci, un rouge par là. A ce propos, Tonio écopera d'une prison de 4 mn sur le retour de Hawi. Les ravitaillements se succèdent tous les 7 miles environ. Le Ho'omumuku (nom local du vent) nous est favorable sur environ 30 km après l'aéroport. Il fait très chaud. Tout est noir autour de nous (l'asphalte de la route, les champs de lave) et la chaleur qui remonte du sol est étouffante. J'ai la plante des pieds en feu dans mes chaussures dont la semelle en carbone est chauffée par la réverbération.

A chaque ravito, je balance mon bidon et j'en prends un frais : en l'espace de 7 miles, le liquide est passé de glacé à température ambiante, c'est-à-dire entre 35 et 40°.

La route n'est jamais plate. Succession de faux plats montants et descendants balayés par le vent. On est toujours en prise.

Sur les conseils de Tonio, je gère dès le départ et ne prend aucun risque. Compte tenu de la difficulté du parcours vélo, je n'ai aucune envie de griller mes cartouches avant l'heure. Je décide donc de gérer jusqu'au 120ème km, et ensuite, et bien on verra.

La montée de Hawi vent de face est pénible. Je dois être à 20 km/h max. On croise les Pros sur le chemin du retour, partis avec 15mn d'avance. Ca n'a pas l'air simple non plus pour eux car le vent est déstabilisant.

Demi-tour à Hawi et c'est parti pour les 90 derniers kilomètres. La descente est rapide mais mouvementée. Je n'arrive pas à rester en permanence sur le prolongateur car ça souffle trop. Concentration de rigueur en permanence pour ne pas finir dans le bas côté.

 

Côté ravitos, je continue sur la même lancée depuis le début de la course : un Powergel  toutes les 45-60mn. Je découvre avec un peu de dégoût les gels énergétiques au chocolat distribués aux ravitaillements : pas terrible.

Au 120ème, j'avale un gel salé pour compenser un peu les pertes de sel, prévenir les crampes, et casser le goût du sucré que j'avale depuis près de 5 heures.

Chaque prise de bidon ou de gel énergétique doit être mûrement réfléchie au risque de se retrouver dans la pampa à cause d'une rafale.

Le vent est imprévisible. Il peut changer de direction en l'espace d'une dizaine de mètres. Un coup, c'est une rafale tout droit descendue du volcan qui balaie la route. La fois d'après, c'est un vent qui remonte de la mer. La seule façon se s'y retrouver et d'anticiper, c'est d'observer les écarts de direction du triathlète devant soi. Et je peux vous dire que mon vélo était rarement perpendiculaire à la route.

Du 120ème au 165ème, c'est vent de face en permanence. Je remonte un joli paquet de concurrents. Mais je force beaucoup sur les pédales et sens que ça tire fort dans les lombaires. Les quelques étirements auxquels je m'exerce sur mon vélo n'améliorent pas vraiment la situation.

Tout vient à point à qui sait attendre... et je finis par dépasser l'aéroport, puis Energy Lab. Enfin du public. Je finissais par me sentir bien seul sur la highway.

 

Je négocie impeccablement bien ma descente de vélo. Pieds nus sur les chaussures, je saute en marche et laisse filer mon vélo dans les mains d'un bénévole. Aie... Mais je sens que mes premières foulées dans le parc à vélo ne sont pas fluides : je suis tout coincé du dos et n'arrive pas à dérouler. Ce n'est pas bon signe...

J'attrape mon sac de transition dans les racks, je file dans la tente me changer, patauge dans des flaques de flottes (ce qui me donne droit à un changement de chaussettes... heureusement que j'en avais prévu une paire... just in case...) et je repars aussitôt. Mais à nouveau, je lutte pour me relever de ma chaise. Aie... Encore moins bon signe...

Je sors du parc après 3 mn, ce qui n'est pas mauvais en soi, sauf que je sors en... marchant !

Ca ne m'était jamais arrivé auparavant mais je ne peux pas courir. Je suis complètement coincé au niveau des lombaires. J'ai l'impression qu'on m'enfonce un couteau dans le dos à chaque pas. Je marche vite 100 m puis je m'arrête pour m'étirer sur les barrières. On m'encourage « Go 1519 ! Come on ! » mais rien n'y fait. J'ai trop mal. Je me mets à quatre pattes pour me redresser car je n'arrive pas à relever le dos. Je repars clopin clopant. Tonio me dépasse. Je le pensais devant mais il a pris un carton sur le retour de Hawi et vient de passer 4 mn en prison. Après 200 m, ma sœur, Anne-Laure et Christiane viennent à ma rencontre, inquiètes bien évidemment.

Vu mon état, ce n'est même pas la peine de penser continuer à avancer. Je laisse filer Tonio et décide de m'allonger sur le trottoir pour m'étirer les lombaires, comme après mes séances d'entraînement. Me voilà donc dans une posture bien élégante, les jambes au dessus de la tête, roulé en boule sur le dos, sur un trottoir en bord de course. Et bien entendu, le flux de triathlètes qui me reprennent est dense.

Je reste comme ça une minute puis me relève... et repars... sous les encouragements de mes supportrices et de la foule environnante. C'est la première course où je vais puiser aussi loin au fond de moi pour repartir. Preuve que j'en chiais.

 

Mes étirements se révèlent très efficaces. Je reprends un bon rythme en l'espace de 500 m. Je rattrape Tonio dès le 5ème.Je tourne mon premier 10 km à environ 12km/h. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je me sens de mieux en mieux au fil des kilomètres, et je reprends des concurrents.

Le marathon commence vraiment au km 15 environ, sur la Queen K Hwy (à nouveau elle), une fois la montée de Palani Road franchie. Il n'y a plus de public, et on se retrouve tout seul pour 27 km dans la fournaise. J'avais repéré cette section à l'entraînement mardi 7 octobre et je savais que ce serait le morceau de bravoure de ce marathon. Je l'aborde extrêmement serein. Je sais que j'ai encore de la ressource. « A nous deux Queen K Hwy ». Les km s'enchaînent ainsi jusqu'à Energy Lab. Je bois un verre de Coca ou de Gatorade quasiment à tous les ravitos.

Je rentre dans Energy Lab (centre de recherche / usine de production d'électricité à partir d'énergie solaire). Il me reste encore 2-3 km avant le demi-tour. Un thermomètre sur le bord de la route à l'entrée du complexe indique 95°F. Rapide conversion (-32, puis /2, puis +10%) m'amène à 33°C. Wouah ! Je comprends pourquoi je consomme autant d'éponges.

Demi-tour. Psychologiquement, je sais que j'ai fait le plus dur. Il me reste encore 3 petits km pour sortir d'Energy Lab puis une petite dizaine pour rejoindre l'arrivée. Ca prend forme. Comme on dit ici, « looking good ».

Nouveau thermomètre sur la remontée dans Energy Lab. Cette fois, il indique 100°F, soit 37°C.

Je suis étonnement bien. Je déroule sur le retour. Je vais courir mon premier marathon Ironman en negative split. La classe...

Les 5 derniers km sont presque une formalité. Je savoure l'instant. Je repense d'où je viens et à mes galères de début de course à pied. Qui eut cru que j'arriverais à aller chercher aussi loin au fond de moi pour repartir de la sorte ? Je passe les derniers virages et me voilà sur Alii Drive. La foule est compacte. Je dépasse AL et AS, hystériques. Je lève des poings rageurs vers le ciel. Rarement une arrivée de course m'aura apporté telle satisfaction. Je repense à ces sorties vélos sous la pluie à 5h du mat' et réalise que je n'ai pas fait tout ça pour rien. Je repense à mes proches que je n'ai pas sollicités pour rien. Je repense à tout cet investissement qui a porté ses fruits. Je repense à ma chute de début de semaine... et je n'en reviens pas de faire un tel résultat après ces pépins.

Je boucle finalement le marathon avec un plus que correct 3h25, sachant que j'ai au moins perdu 5 mn sur le premier kilomètre. Bref, rien à rajouter.

 

Habitué des check-up post-course, je finis bien évidemment chez les toubibs car ces derniers ne me jugent pas assez « stable on my feet ». Je n'ai qu'une hâte : récupérer ma médaille et partager ce moment avec ma sœur et Anne-Laure qui m'ont beaucoup épaulé ces dernières semaines, chacune à sa manière.

 

Au final, je suis donc 193ème /1736 arrivants de cette 30ème édition des championnats du monde IRONMAN. Je boucle la course en 9h46mn04s.

Satisfait bien évidemment. Mais je sais que j'ai les moyens de faire mieux. Qui sait ? Un jour peut-être...

 

Félicitations aux 3 autres finishers d'Etampes triathlon : Antonio (5ème Hawaii en 10h04), Pascal (le sourire du début à la fin) et Boualem (malheureusement victime d'une crevaison et d'une phase d'acclimatation trop courte).

 

Les photos dès que possible. Et merci à tous pour vos messages de soutien, d'encouragement, et de félicitations.

 

Pour info, ma côte me fait toujours souffrir. Je suis étonné de l'avoir aussi peu sentie pendant la course, preuve que la compétition sublime et fait oublier la douleur. Place maintenant au repos et à la récup'.

Publié dans Récits Ironman

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Fanfan 21/10/2008 02:30

C'est énorme, JB, on a vraiment l'impression que pour toi c'est "easy" ;o)Un gros bravo, mec!Viens fêter ça dès que tu peux où tu sais...Bisous

Nico 20/10/2008 14:56

Heu... en ce qui me concerne il n'y a aucun lien entre 'mes pensées' et 'le bas de ton dos'...

Sly 19/10/2008 19:05

Tu es une star ! On a tous pensé à toi, peut-être un peu trop fort, ça t'a bloqué au bas du dos, visiblement.On est très fiers de toi. C'est juste monstrueux d'enchaîner les deux.Et bravo à AL et Mahée d'avoir été là.

Pascal 17/10/2008 23:55

La fin de saison a été difficile, mais pour quel récompense ! Toutes mes félicitations et à bientôt pour des séances de récup.

dom 17/10/2008 23:04

Bravo JB. Tu es vraiment un warrior. Ca donne envie.Reposes toi bien et rdv aux entrainements