Marathon de Paris 2006
Ca faisait 2 ans que je l'avais en tête.... J'ai enfin atteint mon objectif.
2004 : j'arrive au bout de mes premiers 42.195 km. Remis de mes efforts, j'envisage déjà la suite, et le franchissement de cette barre mythique des 3 heures....
2005 : après 12 semaines de préparation quasiment stakanoviste, je me blesse... Mes potes courront le marathon en 3h... mais sans moi. C'est le début pour moi d'un refus : refus de ne pas atteindre à mon tour cet objectif. Je décide de m'en donner les moyens et je m'inscris à Paris 2006 dès mon retour de Bolivie.
8 semaines de préparation sérieuse et mesurée pour éviter la blessure sur février - mars. Des hauts et quelques bas (douleur au pied gauche notamment) mais surtout la rage!
Je me construis un moral d'acier et une volonté de fer, à coup de séances de course dans le froid (dur hiver), le vent (Ouistreham), la pluie (Vincennes), la neige (Bois de Boulogne). Je me mets minable plus d'une fois en séance de fractionné, à ne plus savoir où j'habite....
J'atteinds 81km au bout de la semaine 6. Ce sera mon kilométrage maximum sur une semaine... Pas assez au vue de tous les plans 3h, qui recquièrent 80 bornes semaine sur toute la durée de la préparation.
Je me lève dimanche matin en sachant que ça va être dur mais je suis prêt. J'ai envie comme jamais! Comme me l'a écrit Tonio la veille par texto, "serein demain. T'es prêt comme jamais, alors bats- toi!"
8h45 : le départ est donné. Ca part vite, très vite.... trop vite?... Je fais le K1 en 3'52 (15.5 km/h) et repasse à 4'05 (14.7 km/h) dès le K2. J'ai les jambes dures, le devant des tibias contractés. Je me dis dès le départ que j'aurai du mal mais ne renonce pas. Je croise le regard d'AL et AS à Bastille au K6 et ça me fait du bien.
Dans la montée vers Nation, je me chauffe et commence à aller mieux. Je n'ai plus mal aux tibias et reprends confiance. Le soleil se lève plein Est et m'éblouit. Il fait presque trop chaud...
Je passe le K10 en 40'03. Je suis en confiance. C'est bon...
1er ravito géré sans difficulté : un Energix dans la main gauche, une bouteille d'eau dans la droite. Une gorgée de gel, un gorgée d'eau. Ca passe tout seul. Hervé me salue et fait quelques centaines de mètres avec moi. C'est cool : il fait beau, je vais bien. Suivant les conseils de Tonio à la lettre, je recherche les packs pour m'abriter et faire le "renard".
Je fais le malin sur les première photos devant le chateau de Vincennes et pause pour "Maindruphoto", pouce levé pour témoigner de mon état de forme... Bref, ça roule.
K17 : on aborde la première vraie difficulté avec un long faux-plat montant. Je raccourcis la foulée et reste régulier. Je passe en 4'19 sans me mettre dans le rouge et m'efforce ensuite de bien dérouler sur le plat pour rattraper ces précieuses secondes.
K20 : la foule se fait plus présente, voire pressante. Les coureurs n'ont que 2m pour passer au milieu de supporters enflammés. Les officiels essaient de remettre un peu d'ordre mais semblent dépassés... Je prends mon deuxième Energix. Ca va toujours. Hervé me retrouve juste après le semi (K21.1) que le passe en 1h25'11s à mon chrono. C'est bon de le voir. Il m'encourage. Je déroule bien dans la descente de Charenton à Daumesnil et passe le K23 en 3'51. Ce sera mon dernier kilomètre sous la barre des 4'.
J'arrive à Bastille. Il y a un monde de malade. La descente du boulevard Henri IV est très rapide et j'accroche une bouteille d'eau à la volée. Je bois et attaque les quais avec un tête un mot d'ordre : se protéger du vent et rester derrière un pack.
Le public est partout. C'est impressionnant!
Un coup d'oeil autour de moi et je réalise que je suis entouré de dossards préférentiels. Hervé m'en avait parlé au semi, mais je n'avais pas encore percuté. C'est bon signe : je tiens mon objectif. Un coup d'oeil au texto tatoué sur ma cuisse et ça me booste : décharge d'adrénaline!
K26 : je vois papa, AS et AL sur le bord de la route. Ca me fait plaisir. Je serre les poings et leur souris.
A partir de ce moment là, les choses sérieuses commencent avec le passage des tunnels. A 14,7 km/h, ça laisse des traces... Je perds un peu mes repères dans le premier tunnel, très très long. Je ne sais plus à quelle vitesse je cours alors j'essaie de me caler par rapport aux autres. J'ai l'impression de suffoquer... A la sortie, ça monte sec mais je me sens beaucoup mieux.
Sur les trois tunnels suivant, je gère au mieux, en allongeant la foulée en descente et en la raccourcissant en sortie. Ca passe pas mal. Et je sais que le K30 approche : je vais retrouver Steph et Susie et Hervé qui pourra m'accompagner sur la fin.
K30 : je passe en 2h01'33s. Je suis dans les temps. J'ai 5'30 d'avance sur le temps 3h (le K30 devant être franchi en 2h07 sur la base d'un temps au km régulier). Mais je sais que rien n'est encore fait car je commence à être cassé. J'avale mon 3ème Energix.
Je vois Stephane et Susie. J'esquisse un sourire grimaçant et je vois Hervé qui se met à ma hauteur. Sa présence est rassurante, même si je comprends que ce n'est pas lui qui me fera courir plus vite. Il va falloir gérer.... Il me demande comment je vais. Je mime un "cassé" à la Brice de Nice avec la tranche de la main... Mais je tiens bon : entre K30 et K34, je tourne entre 4'11 et 4'18.
Ca se complique à partir du K35 et la dérive commence...
K35 : 4'23. Je bois quelques gorgées d'eau. Je n'ai pas faim. Je commence à vraiment avoir mal aux cannes. Hervé m'encourage. J'entends aussi un "allez JB" sur le bord de la route. Je trouve ça surprenant qu'un autre "JB" courre à quelques mètres de moi, mais finalement, je reconnais Valentin perché sur un vélo. Finalement, c'était pour moi. Yes. Lui aussi est là. Je me relance.
K36 : 4'26. Je tiens encore mais je sais que la route difficile et pentue le long de l'hippodrome approche.
K37 : 4'35. La montée fait mal, malgré les encouragements appuyés de Hervé et Valou. Hervé me rappelle toutes mes séances d'entraînement puis me fait remarquer que j'ai un kenyan en point de mire et que je peux le bouffer. Je ne souris même plus même si après coup c'est drôle... mais je le bouffe quand même... Valou me crie de me relâcher depuis son vélo. Ca m'aide. Merci les gars!
Je prends mon dernier gel : un "coup de fouet" Overstim. Je devais être vraiment naze car je ne me suis pas senti "fouetté" :-)
K38 : 4'40. C'est le moment dur psychologiquement : on redescend vers le sud et on s'éloigne de l'arrivée. Je tiens toujours. Mais je sens que la crampe n'est pas loin. Surtout tenir, rester à la limite de la crampe, mais ne pas franchir cette limite ou je vais devoir finir en marchant.
K39 : 4'37. J'ai mal. Je craque. Je hoquette et lâche quelques larmes. Je regarde ma cuisse : "t'es prêt comme jamais alors bats-toi!"... alors je continue...
Hervé me parle mais je n'entends plus. Ca fait maintenant 2 bornes que je prends mes temps à chaque kilomètre mais les oublie dans la foulée. Hervé me les rappelle... Je fais des "crash-case" dans ma tête : je sais maintenant que même en tournant à 5' au km, je serai sous les 3h. Je veux tout donner pour faire aussi bien que possible.
K40 : 4'30. On approche de l'arrivée : on remonte les lacs.
K41 : 4'30. Un monde fou sur le bord de la route mais je m'en rends compte surtout après coup en voyant les photos. Sur le moment, je ne capte rien. Je passe apparemment devant papa, AS, AL, Cyril sans même les voir.
J'ai mal mais je sais que c'est gagné. Hervé me rappelle très justement à ce moment là de profiter de cette fin de course... ce que je fais. Merci copain.
K42 : Je me lâche et passe en 4'24. Puis j'allonge la foulée et regarde droit devant. Je sais que je fais mieux que 3h. J'aperçois Steph au tout début de l'avenue Foch. Je vois le chrono au loin qui affiche 2h56' et des brouettes. Je sais que je peux encore accrocher le 2h55 alors je me vide! Je passe les tapis électromagnétiques. Je titube. J'avance hagard... hébété... Puis je m'effondre à genoux et je pleure. Je pleure. Je ne m'arrête plus. Ca faisait deux ans que je le vouulais et je l'ai ce temps. Et haut la main en plus puisque mon chrono affiche 2h55'31s.
Finalement, en temps réel, ce sera 2h55'27s.
Une bénévole de la croix rouge se penche vers moi et me demande si ça va. Je ne réponds pas car je hoquette toujours. Elle m'aide à me relever puis me laisse, rassurée, après m'avoir accompagné sur quelques dizaines de mètres.
Je récupère ma médaille, regarde le ciel. Je ne sais plus pourquoi je pleure (joie? douleur?) mais je me dis que c'est trop con de craquer comme ça alors je me ressaisis. Puis j'entends crier mon prénom et je vois Steph et Susie. Je me dirige vers eux, clopin clopan et je réalise que c'est terminé.
Continuant ma remontée de l'avenue Foch, j'aperçois Hervé qui m'attend sous le panneau "R". Tout le monde est là. C'est génial. Et je laisse éclater ma joie (cf. photos). Je croise le regard d'Hervé. Je sais qu'il comprend ce que je vis à l'intérieur pour l'avoir vécu l'année d'avant : le sentiment d'avoir accompli quelque chose de grand à force de volonté et de travail. Il suffit de s'en donner les moyens!
TEMPS DE PASSAGE
| Distance (km) | Vitesse (mn/km) |
| 1 | 0:03:51 |
| 2 | 0:04:03 |
| 3 | 0:04:06 |
| 4 | 0:03:58 |
| 5 | 0:03:58 |
| 6 | 0:03:58 |
| 7 | 0:03:58 |
| 8 | 0:04:11 |
| 9 | 0:04:00 |
| 10 | 0:04:01 |
| 11 | 0:04:04 |
| 12 | 0:04:00 |
| 13 | 0:04:05 |
| 14 | 0:04:06 |
| 15 | 0:04:09 |
| 16 | 0:04:04 |
| 17 | 0:04:19 |
| 18 | 0:03:55 |
| 19 | 0:03:58 |
| 20 | 0:04:00 |
| 21 | 0:04:03 |
| 21,1 | 0:00:25 |
| 22 | 0:04:03 |
| 23 | 0:03:51 |
| 24 | 0:04:05 |
| 25 | 0:04:00 |
| 26 | 0:04:03 |
| 27 | 0:04:10 |
| 28 | 0:04:14 |
| 29 | 0:04:10 |
| 30 | 0:04:11 |
| 31 | 0:04:11 |
| 32 | 0:04:13 |
| 33 | 0:04:18 |
| 34 | 0:04:15 |
| 35 | 0:04:23 |
| 36 | 0:04:26 |
| 37 | 0:04:35 |
| 38 | 0:04:40 |
| 39 | 0:04:37 |
| 40 | 0:04:30 |
| 41 | 0:04:30 |
| 42 | 0:04:24 |
| 42,2 | 0:00:52 |
| TEMPS SEMI | 1:25:11 |
| TEMPS MARATHON | 2:55:27 |
Je suis fier d'avoir partagé ce moment avec mes proches, parents et amis.
Ce qui nous sauve, c'est de faire un pas. Puis un autre. C'est toujours le même pas mais il faut le faire". Antoine de Saint Exupéry
Merci à vous tous. Ma perf, c'est aussi la votre!
Je suis fatigué mais pas blessé alors je continue sérieusement ma préparation avec un jour de repos hebdomadaire.