La cascade de glace... par Stéphane...
So, you want to climb on ice?
Comme prevu, pour ceux que ca interesse, voici quelques details sur ce qu'est la cascade de glace et mes diverses impressions. Ca risque d'etre long...
Matos
D'abord, que cela soit dit, c'est un sport de matos qui coute tres cher. Dans mon cas, on est parti, avec mon pote JB, avec l'UCPA qui fournissait le gros de l'equipement... et cela se retrouvait deja dans le prix du stage (env 700 euros). Mais j'ai quand meme du mettre au bout pour les vetements car s'il aurait ete possible de s'en sortir avec des vetements de ski normaux, ca aurait ete loin d'etre confortable. Donc j'ai achete:
-Un pantalon de cascade, qui est en fait un sur-pantalon gore-tex
-Une veste de cascade, dans la meme veine
-une nouvelle polaire parce qu'il vaut mieux en avoir 2
-des sous-vetements chauds genre collants respirants
-Des gants thinsulate genre ext laine int polaire avec lesquels j'ai grimpe
-Un passe-montagne que j'ai perdu le premier jour
-Un thermos
-Une lampe frontale
Et ce qui etait fourni par l'UCPA (par personne):
-2 Piolets dernier cri
-Une paire de chaussures d'alpinisme
-Une paire de crampons de cascade de glace
-Un sac a dos d'alpinisme
-Un baudrier de montagne
-Des broches a glace (5) (plus de details plus loin)
-Une toupinette
-des mousquetons a vis
-Des degaines normales et exploses
-Une corde de rappel 50m
-Un casque qui sauve la vie plusieurs fois par jour, litteralement
Tout cela etant bien sur a transporte sur soi lors des marches d'approche et pour le second grimpeur...assez lourd quoi! Donc pas mal d'equipement. Pour ne rien vous cacher, je partais avec un peu d'apprehension. D'une part je n'etais pas sur d'etre pret physiquement et puis mentalement, si j'etais content de partir avec mon meilleur pote d'avant l'INSA pour de l'aventure, j'etais encore tiede par rapport a mes capacites. Et lorsqu'on nous a distribue le matos, tout est devenu plus concret: voir le piolet, le sentir dans la main, toucher les crampons et imaginer les 6 centimetres de pointes frontales s'enfoncer dans la glace,...c'est quelque chose.
Pour information, voici texto le descriptif du stage: "Ce stage s'adresse a des personnes pratiquant regulierement de l'escalade ou de l'alpinisme. Il s'agit d'un stage d'intensite 3 sur 4: vous pouvez courir au moins 5 km en 30 minutes tout en discutant avec vos collegues de course. Un moral a tout epreuve est indispensable." Niveau escalade, c'est simple, je n'en avais pas fait depuis 2 ans car je suis a au moins 1h de voiture du moindre mur d'escalade. Quant a la course, je me suis mis a courir fin novembre, 5km une fois par semaine, sachant que je deteste courir ; surement parce que je suis nul! Et puis il y a la derniere phrase "moral a tout epreuve"... Ca m'a refroidi un chouilla. Mais bon, j'ai emprunte un bouquin a un ami pour reviser les manoeuvres de cordes, les noeuds et d'autres trucs que j'aurais pu oublier. J'en ai aussi profite pour decouvrir sur le papier ce qu'impliquait la grimpe sur glace et voici une autre phrase porteuse: "Ice climbing is rarely leisurely, often uncomfortable but can bring great satisfaction." En gros j'allais en baver mais je serais content apres.
Pour finir avec ce preambule, JB et moi sommes partis deja 4 fois avec l'UCPA auparavant pour des stages d'escalade sur rocher et a chaque fois nous sommes revenus enchantes et inspires par les gens qui nous encadraient. Et cette fois n'a pas ete differente car le groupe (7 personnes) et les deux guides qui nous encadraient etaient vraiment sympas et hyper competents (les guides).
Bon alors, cette grimpe, j'y viens ou pas?
Donc, le premier jour on nous a distribue le matos et le programme etait le suivant: decouvrir les premieres sensations sur une cascade artificielle, en moulinette. Artificielle ai-je dit? En fait il s'agissait bien de vraie glace mais en fait ce sont deux guides de la regions qui ont fabrique une tres large cascade de glaces en faisant coule tout le mois de janvier de l'eau avec des tuyaus d'arrosage. Le resultat peut etre vu sur certaines photos que j'ai mis sur la piscine: si on ne me l'avait pas dit j'aurais cru que c'etait naturel. Bref, on s'equipe et on ajuste le materiel. Les dragonnes par exemple, qui sont fixees aux piolets, doivent avoir la bonne longeur pour pouvoir se reposer une peu dessus. Les crampons doivent etre assez serres pour ne pas les perdre.
Pour cette premiere journee, nous grimpons en moulinette. Non, ce n'est pas en faisant la toupie :) En fait ce terme definit une facon de grimper ou la corde passe par un point (mousqueton) tout en haut de la voie, de telle sorte que celui qui grimpe est toujours relie a une corde tendue par son assureur qui reste au sol. Au fur et a mesure que le grimpeur progresse, l'assureur "avale le mou", c'est a dire fait en sorte que la corde soit tendue, de maniere a arreter une chute immediatement. Les deux grimpeurs portent chacun un harnais ou baudrier sur laquelle la corde s'attache. En pratique, ce type de grimpe n'est praticable que sur des murs ou des rochers-ecole parce les cordes ne sont pas assez longue pour aller du sol jusqu'au sommet ou bien sur des voies d'une seule longueur. Aussi, pour que les cordes passent par en haut, il faut bien que quelqu'un les place! Dans notre cas ce sont les guides qui sont montes en solo pour aller nous installer les moulinettes. Selon l'ethique, ce n'est pas la "vraie" forme de la grimpe qui est de monter "en tete" (voir plus loin).
Ceci etant explique, le premier truc que l'on a vu, c'est "le plante de piolet". "Le plante de piolet monsieur Dusse". Bon disons que c'est la base car pouvoir etre sur de ses piolets est le truc le plus important avec pouvoir etre sur de ses pieds. Il s'agit donc d'un mouvement assez ample qui finit par un coup de poignet. Et pour verifier si ca tient, bah on met un peu de poids dessus et si ca tient cool! En pratique, il faut choper le coup de main mais on arrive vite a savoir si ca va tenir. Le secret est que le piolet ne doit pas bouger lateralement. Ce qui compte c'est d'etre precis et c'est la toute la difference entre le guide et nous: il faut que l'on s'y reprenne a 3 ou 4 fois avant qu'ils soient bien plantes alors qu'eux les plantent du premier coup donc ils s'economisent physiquement. Ca aussi c'est important car on se creve vite a bucheronner la glace!
Et puis il y a le bras gauche qui, comme son nom l'indique est un peu gauche lorsqu'on est droitier mais bon, ca vient. Sauf que, comme lorsqu'on debute en escalade, on a tendance a tout tirer sur les bras en faisant n'importe quoi avec les pieds... Resultat apres une voie on a les avant-bras completement petes et on se decide a apprendre a "plante" les pieds correctement! Les pieds donc. Il faut tout simplement shooter dans la glace comme dans un ballon de foot et surtout, du bas vers le haut, c'est a dire avec la pointe du pied legerement vers le haut lorsque l'on plante les crampons. Eh oui parce que les pointes frontales sont un peu recourbees vers le bas. Si ca se passe bien, les pointes penetrent dans la glace et magiquement, on pousse sur le pied et ca tient... encore faut-il s'en convaincre mentalement, ce qui n'est pas si facile. Moi ca m'a pris a peu pres toute la semaine pour y arriver correctement.
Bon et alors la technique dans tout ca. En fait, c'est assez different de l'escalade sur rocher pour une raisons principale: il y a surtout beaucoup moins d'amplitude dans les mouvements sur glace. Ce n'est pas aussi gymnastique, pas de pied super haut, pas d'extension pour aller chercher une prise super loin sur le cote puisque les prises on se les fabrique. Comment grimpe-t-on donc? En fait, idealement, c'est un peu comme un robot, en repetant un mouvement de base. D'abord planter le piolet droit assez haut, puis le gauche. Ensuite il "suffit" de faire des petits pas avec ses pieds, comme sur un escalier, de maniere a gagner de la hauteur, jusqu'a avoir les yeux a la hauteur du piolet. La il faut un peu ecarter les pieds et bien les planter pour pouvoir de nouveau deplacer ses piolets et recommencer. Simple, non? En theorie oui puisque si ca marche, compare a l'escalade, on est toujours dans une grimpe facile, avec des bonnes prises aux pieds et aux mains. Sauf que la glace n'est pas toute lisse voir tres sculptee et puis parfois il n'est pas facile de poser ses pieds correctement. Et puis, on a vite les mollets qui chauffent comme on est pas mal sur les pointes. Et puis parfois la glace ruisselle et on se gele les mains, avec les avant-bras toujours leve, non-irrigues de sang... Ce n'est pas si terrible mais bon, quand le guide le montre et l'explique ca a l'air tout facile, quand on passe derriere c'est autre chose. J'aimerais quand meme dire a ce point qu'on s'est eclate et que c'est hyper fun cette activite! Quand on est tout un groupe, qu'il fait beau et pas trop froid et qu'on se sent faire des progres et tout, c'est une bonne ambiance.
Donc en ce premier jour, on a fait plein de moulinettes pour essayer d'appliquer ce qu'on nous avait appris. Pour pouvoir bien poser les pieds, on a grimpe avec un seul piolet puis sans piolet! La on pose bien les pieds!!!! Et puis, pour s'economiser, on a grimper sans les dragonnes. Autrement dit, pas question de lacher le piolet et donc comme ca use les bras, on essaye de les planter du premier coup. Du fun, des sensations et nos premiers pas sur la glace. Un premier jour qui rassure un peu, moi en tous cas par rapport a mes capacites et a mon endurance. Bon ok parmi nous 5 sur 7 se preparaient soit pour un marathon ou un triathlon ou bien nageaient plusieurs fois par semaine... mais bon, je dois avoir quelques restes puisqu'au final je ne fus pas le boulet que tout le monde doit attendre. Premier jour, classe donc.
Le lendemain, on est alle cette fois sur une vraie cascade naturelle, avec marche d'approche de 30 minutes sur une pente a 40 degres et de la neige jusqu'a la taille a chaque pas... La l'endurance a ete testee! Mais lorsque la cascade s'est decouverte, on etait bouche bee, c'etait magnifique et on allait la grimper!
Le programme consistait a consolider les techniques de la veille et a apprendre a poser des broches a glace pour pouvoir faire des cascades de 300 m et grimper en tete. Grimper en tete, qu'est-ce donc? He bien, il y a un grimpeur, le premier qui, accroché a une corde, commence son ascension. La corde pend en dessous de lui. Il monte. Tant qu'il n'a rien fait pour se proteger, s'il tombe, il finira par terre. Donc assez rapidement il se protége. En escalade sur rocher, il accroche une degaine (deux mousquetons relies par une sangle) sur un piton qui lui est scelle dans le rocher (les parois sont en general pre-equipee dans l'escalade sur rocher). Et dans l'autre mousqueton, il passe la corde. De cette maniere, s'il tombe apres avoir mis le premier point, il s'arrete tres rapidement grace a la corde que son assureur controle depuis le sol. Mais bien sur, il faut qu'il progresse. Et donc, des qu'il est au dessus du premier point, s'il chute, il tombera de sa distance au dessus du point multipliee par deux, sauf s'il met un autre point. C'est long a decrire mais c'est simple a comprendre en vrai.
En gros le premier s'assure au fur et a mesure. Aller en tete est disons la vraie forme de l'escalade ou la plus pure et on dit qu'on a fait une voie seulement si on peut la grimper en tete. L'escalade sur rocher a une ethique assez stricte. Sur glace, c'est une histoire un peu differente car les cascades ne sont pas equipees auparavant. C'est a dire qu'il n'y a pas de pitons ou de spits deja poses dans lesquels il suffirait d'accrocher une degaine. Quoi faire donc?
C'est la qu'interviennent les fameuses broches a glace. Ce sont des tubes creux d'a peu pres 20 cm de long et de 3cm de diametre avec un pas de vis sur la moitie inferieur. Et qu'est-ce qu'on fait avec? Bon bah, lorsqu'on a reussi a planter son piolet gauche si profondement que l'on pourrait bivouaquer dessus et qu'on a les pieds stables, on plante son piolet droit quelque part et on en detache la dragonne. Puis, on prend une broche de son baudrier et on commence a la visser directement dans la glace jusqu'au bout! Une fois fait, on prend une degaine que l'on passe dans l'anneau et on passe la corde dans l'autre mousqueton. Voila, s'il n'y a pas de pitons et bien on plante les siens. Comme c'est un peu chiant a visser au bout d'un moment, on finit le vissage a l'aide de la toupinette. C'est une sorte de manivelle que l'on passe sur l'anneau de la broche pour la visser plus rapidement. Donc, on monte en tete en ne s'assurant que de temps en temps et on plante des broche... en toute securite donc?
Hum, la il faut faire un peu le point sur cet aspect de la grimpe sur glace. En escalade sur rocher, la chute fait partie du jeu dans la mesure ou l'on peut se forcer dans un passage un peu dur et si on chute, on vole mais on ne se pose pas la question de la solidite du piton [pas vrai tout le temps ceci dit]. On peut voler plusieurs fois au meme endoit jusqu'a ce que ca passe. En escalade rocher, on met des points pour se proteger. En glace, on met des points pour ne pas mourir et la chute ne fait pas vraiment partie du jeu. Lorsqu'on grimpe en tete, c'est qu'on est sur de passer. Il ne faut pas tomber. Et d'ailleurs personne n'est tombe. Parce qu'en fait, le fait que la broche a glace supporte la chute est assez aleatoire. Il faut qu'elle soit bien mise, il faut que la glace soit bonne (dure) a l'endroit de la pause, il ne faut pas qu'il y a ait de trou d'air dans la glace... Et meme avec tout ca il n'est pas dit que ca tienne. En glace, on met des points pour le moral. A la limite on peut se reposer dessus en statique mais la chute est presque interdite. D'ailleurs, c'est pour cela que l'on utilise des degaines "explose" c'est a dire des degaines don't la sangle fait plusieurs replis sur elle meme avec les coutures qui lache a 120kg, tout cela pour limiter le poids direct sur la broche. A cela il faut ajouter que mettre une broche prend du temps, de l'energie, multiplie les risques de chute en la posant car il faut forcer pour visser et qu'en plus ca pese lourd sur le baudrier... donc on tend a en mettre moins qu'en escalade!
Tout ca pour dire que tout fun qu'est la grimpe sur glace, il y a un cote engagement indeniable dont il faut etre conscient mais sur lequel il ne faut pas se polariser, sinon on ne grimpe pas... Mon pote JB lui est un mec couillu et il adore grimper en tete. Et sur la glace, il y a ete alors que mentalement au moins, je ne me sentais pas. Il faut le sentir et etre quasiment sur de passer lorsqu'on part. Pour ma part, j'ai grimpé une second la plupart du temps, c'est dire en moulinette, assure par le premier depuis le relais. Cela me convenait bien. Ce faisant, je ramassais les broches au passage. Et bien certaines d'entre elles etaient vachement dures a devisser et auraient tenu n'importe quelle chute et d'autres, j'aurais pu les retirer en tirant un bon coup dessus! Entre toute les cascades, il y en a eu une particulierement ou JB s'est fait peur puisqu'a un moment, il m'a dit (crié du haut) "Merde, j'ai pose ma derniere broche et il me reste 15 metres." Il y est alle et ca l'a fatigue mentalement car une chute de 30 m n'aurait pas pardonne. D'un autre cote, il avait les capacites de le faire largement. Tout est dans la tete...
Tout ca on s'en rend compte au fur et a mesure mais comme tout est progressif et que la technique suit, ca passe et puis j'aime ca aussi. Enfin, a la fin du deuxieme jour, on savait poser des broches et on avait revise les relais et les manoeuvres de corde. On etait pret pour des grandes cascades de 180 a 300m sur plusieurs longueurs. Sur une des photos, on nous voit a la pose dejeuner avec la cascade en fond lors de ce deuxieme jour. A ce moment, j'etais encore anxieux a l'idee d'aller s'attaque a ces murs de glace mais bon, on etait bien prepare et on a confiance en nos guides alors, nothing to worry about!
Pour le reste du stage, on a enchaine ces torrents geles aux formes incroyables. Generalement, on etait divise en deux groupe 3 et 4, chacun encadre par un guide. JB en tete et moi fier second pour recuperer le matos, sauf quand c'etait plus facile. Les cascades ne sont pas des parois de 300m de vertical. En fait ca fait plutot des sorte d'escaliers geants avec des verticales de 30-40 metres, interrompus par des passage de neige pentus. La descente elle se fait soit par le haut, par des petits sentiers qui redescendent sur les cotes ou bien en rappel. A ce propos, j'ai eu l'occasion d'effectuer mes plus long rappels: des descentes a couper le souffle avec la vallee tout en bas, les stalagtites geants sur le cote, des murs verticaux aux formes incroyables... genial. Je n'ai pas vraiment le vertige mais en haut du plus long rappel, j'ai eu une seconde d'hesitation car il y a beaucoup de gaz comme on dit. On me voit a la descente sur une des photos, avec tout le matos, sac a dos, piolets dans le baudrier, broches etc. Que du bonheur!
Il y a quand meme eu des moments craignos et des trucs pas tres agreables. Ce n'est pas ca ce que je retiendrais en premier mais pour rendre compte honnetement de mon experience, il faut que j'en parle.
Pourquoi le casque est-il si important?
En fait, a chaque coup de piolet rate ou mal positionne, on detache des blocs de glace. On s'en prend plein la gueule, des petits morceaux. Ca ca va. Mais il arrive que l'on detache des enormes trucs... pas grave pour soit mais attention a ceux qui assurent en dessous. Car un bloc de glace de 15cm de diametre qui tombe de 30m ca fait mal!! C'est pour cette raison que les relais sont en general situes sur le cote et pas dans la ligne directe de la grimpe. Normalement, lorsque l'on assure son partenaire qui grimpe en tete, on regarde ce qu'il se passe et donc on est a meme de se proteger si on voit un gros truc tomber. Mais, sur des cascades de 300m, il arrive tres souvent qu'il y ait plusieurs cordees a differentes etapes de l'ascension. Justement, le 4em jour, on a attaque une cascade et on s'est fait peur pendant 30 minutes. En gros, il y avait une cordee d'espagnoles, aux dires des guides, qui grimpaient n'importe comment et bucheronneaient la glace quelques 150m plus haut... IL fallait voir cette pluie de glace quasi ininterrompue avec quelques mammouths. On s'en est tous pris, sur le casque, sur les jambes, sur le dos. Moi j'ai eu de la chance mais certains se sont fait mal. Et puis, lorsqu'on est en tete, a 5 metres au dessus du dernier et qu'on n'est pas hyper bien, entendre "Attention glace!" c'est pas le meilleur truc, surtout lorsqu'un bloc peut facilement faire vous deloger un pied. A ce moment la, le stress a ete plus grand que le plaisir, le temps que les espagnols finissent, apres on a pu reprendre normalement. Merci le casque.
Et est-ce qu'il ne fait pas trop froid?
Bon evidemment, qui dit cascade de glace dit qu'il fait une temperature a laquelle la glace se tient... donc oui il fait assez froid. Sauf que nous avons eu la chance d'avoir une semaine extraordinaire au niveau du temps: que du ciel bleu tous les jours et des temperatures tres tres douces. En fait meme trop douce car la glace a certains moments etait ultra tendre. Voire meme que l'on a du faire demi tour une fois car ca devenait trop craignos. Sur une autre cascade, on entendait le torrent couler et on pouvait le voir a travers la glace! Le guide nous a dit de ne pas frapper trop fort... on ne s'est pas beaucoup parle a ce moment, jusqu'a ce qu'on franchisse ce passage delicat. C'etait ambiance pour le coup. Par contre les gars de la semaine precedente se sont geles les co***les avec des -25 tous les matins et de la neige. Quand a dire que l'on a eu froid, ca depend. On etait deja bien couverts et bien prepares. Lorsqu'on grimpe, on ne peut pas dire que l'on a froid, sauf tout au bout des doigts. Les avant-bras etant toujours en hauteur, le sang ne circule pas bien dedans et il faut avoir de bon gants. Oui mais, lorsque la glace est en train de fondre a mort comme pour nous, elle ruisselle a mort. Du coup en quelques secondes le gant devient trempe et la main gele a une vitesse incroyable. Sans blaguer, je crois que j'ai failli perdre le bout de mon petit doigt gauche: je ne l'ai plus senti du tout pendant plusieurs minutes et d'ailleurs j'en ai chie pour finir la longueur. Lorsque ca s'est rechauffe, j'ai derouille grave mais depuis mon retour il y a une partie de mon doigt ou je ne sens plus rien... Puisqu'on grimpe en cordee, il y en a toujours un qui grimpe et un qui assure. Et en fait c'est en assurant qu'on se gele le plus car on ne bouge presque pas et on attend, parfois 30mn, 40mn sans faire grand chose. J'ai eu un peu froid aux relais mais grace au temperatures douces pour la saison, c'a ete. Donc le froid, pas trop un probleme mais il faut etre resistant et super equipe.
A noter que le truc important que l'on peut faire au relai c'est de bouffer! Bah oui quand meme, en partant pour faire des efforts toute la journee, il faut manger. C'est clair, c'est pas en grimpant qu'on peut le faire. Au relai en train d'assurer, c'est pas evident non plus mais on s'en sort: il faut enlever le sac a dos et l'attacher (!) et la on a le temps de manger quelques barres de cereale. Out le casse-dalle des familles avec le couteau, la baguette et le pate: il faut ne pas se charger comme des mulets. Ayant grimpe la plupart du temps en second, j'ai eu la plaisir de grimper en portant le sac avec de la bouffe pour deux, plus le matos recupere au fur et a mesure... et j'ai compris ma douleur. Surtout une fois ou il fallait passer dans une goulotte tres etroite de laquelle je n'ai pu m'extirper qu'au prix d'ultime efforts en rapant le sac mechamment.
Pour finir, quelques mots sur la glace elle-meme
Quand on n'a pas fait de cascade, la glace bon, c'est blanc ou transparent et on s'en soucie peu. Apres la cascade, on l'apprecie plus subtilement... IL y a en effet 4 types de glace distingues par leur couleur:
*Bleue: c'est la meilleur pour grimper car la plus dense et la plus compacte.
*Blanche: c'est pas mal non plus mais je crois que ca pete facilement en plein de morceau. Genre on plante le piolet et on voit des tas de zebrures partir en etoile tout autour du piolet. C'est pas tres rassurant. Ca arrive aussi lorsqu'on visse une broche! Et en general, on n'en remet pas une autre: s'etant deja fatigue, il vaut mieux continuer et en mettre une plus haut plutot que de passer 3 heures a en mettre une mieux.
*Translucide: la c'est pas top parce qu'elle n'est pas tres solide et s'eclate aussi facilement.
*Noire: a eviter! C'est qu'on voit le rocher dessous.
Les couleurs ont quelque chose a voir avec la densite de glace et d'air emprisonne mais je ne suis pas specialiste. Pour nous, la glace etait tendre. Ca parait bizarre a dire mais disons que le piolet s'enfoncait bien et les crampons de meme. Et elle etait de plus en plus tendre jusqu'a 15h environ. Apres elle redevenait plus dure. A noter que toute les cascades ou l'on grimpaient etaient a l'ombre! En me relisant, je me rend compte que je suis reste hyper technique et factuel avec peu d'emotions. J'ai tout ecrit a fond et il y a pas mal de trucs a expliquer pour quelqu'un qui n'y connait rien. Maintenant, niveau sensations et emotions, ce fut fort! D'ailleurs mon apprehension ne m'a pas vraiment quitte de la semaine et j'etais soulage apres la derniere descente de 300 m de rappel. Soulage d'etre entier et en vie meme si je ne crois pas que l'on ait pris enormement de risques mais tout est relatif.
Il y a un sentiment d'accomplissement charnel indeniable a parvenir au sommet de la derniere longueur et de decouvrir la vue magnifique, puis la cascade que l'on a gravit a la force des bras, coup de piolet apres coup de piolet. C'est tres paisible aussi, mis a part les moments de pluie de blocs de glace assez rare quand meme. On est tres proche de la nature et on se sent humble, ne tenant qu'a pas grand chose finalement. C'est aussi incroyable de voir et de cotoyer des enormes torrents figes. Sur une des photo je crois qu'on voit bien le torrent ou plutot ce qu'il doit etre en ete: c'est une masse impressionante et on en a froid dans le dos a imaginer la force du courrant.
Mon experience fut je pense extraordinaire car je ne sais pas si j'aurais l'occasion d'en repratiquer quelque chose d'aussi different... C'est tout de meme un sport tres marginal qu'on ne peut pratiquer que pendant 2 mois maximum.
En postscriptum, il faut aussi dire que cette experience nous a ouvert l'appetit a plus de montagne avec mon ami JB. Ce fut la premiere fois que l'on conjugait escalade et hiver. Ca nous a donner envie d'en voir un peu plus et l'on s'est deja renseigne pour des stages s'alpinisme. Notamment un stage de 15 jours avec ascension du mont-blanc a la cle l'hiver prochain mais la la preparation va devoir etre serieuse! Croyez-moi ou non, j'en tremble deja rien que d'y penser, d'apprehension et d'excitation :)
Merci d'avoir lu jusqu'a la pour les courageux, en souhaitant vous avoir eclaire un peu plus et qui sait, donne l'envie d'essayer! Et merci a toi JB pour avoir des balloches grosses comme des camions ;)
Stephane