Marathon de NYC - 5 novembre 2006
Mais tout d’abord, je suis content :
- content d’avoir vécu ça
- content d’avoir pu vérifier en live qu’il y a bien 2.5 millions de personnes au bord de la route (oui, j’ai compté !)
- content d’en avoir chié car c’est beau
- content d’avoir visité NYC comme jamais auparavant
- content d’avoir fait des choses uniques que je ne referai jamais et que personne ne refera jamais d’ailleurs (lisez la suite et vous comprendrez)
- content d’avoir couru à côté de Lance Armstong, même si je suis dégouté car j’avais largement les moyens de lui mettre sa race cette année
- content d’avoir passé 5 jours de rêve avec Anne-Laure, dont ce fameux moment inoubliable au sommet de l’Empire State !
- content d’être content
La course…
Le départ officiel était donné à 10h10 de Staten Island. L’organisation du marathon de NYC est très particulière, en cela que c’est hyper bien organisé. A l’américaine quoi ! Pas à la française. Nombreuses anecdotes à ce sujet plus loin.
Le premier exploit de l’organisation, c’est donc d’arriver à convoyer 37000 coureurs de Manhattan mid-town à Staten Island en bus. 600 bus étaient donc réquisitionnés.
5h00 : lever
Grignotage de quelques tranches de pain d’épice dans la chambre d’hôtel et direction la Public Library (42nd street – 6ème av) pour prendre le bus. L’attente commence ici avec 500 m de queue avant d’embarquer dans un des bus du long cortège de plusieurs km. Premières sensations et frissons : des hélicos tournoient au dessus de la Public Library, les flics et bénévoles encouragent déjà les coureurs endormis en scandant « come on guys, you can do it ! ». Puis un flic lâche « the sun is up : it’s gonna be a beautiful day to run!”. Ca finit de me motiver.
Le transit vers Staten Island dure 45 bonnes minutes. Nous arrivons à Fort Wadsworth à 7h30 où sont rassemblés les coureurs avant le départ. Ca fait du monde. Des gars sont déjà là, emmitouflés dans des sacs de couchage et couvertures de survie, en train de finir leur nuit. Je ne pensais pas que l’attente serait si longue. Je bois deux thés, mange un bout de gateau sport, me divertis en regardant les files d’attente pour les chiottes (300 bons mètres de cabine, j’avais jamais vu aussi grand) et surtout, j’essaie de me réchauffer. En France, ça aurait été un énorme bordel avec une file par cabine. Et bien là, c’était super discipliné. Appréciable…
9h15 : ça fait déjà 1h45 que je poirotte alors je me prépare. Crème chauffante, NOK sur les pieds, tenue de course et direction mon SAS.
Je filoute un peu (à la française) et me retrouve tout devant.
10h05 : hymne américain. Quand même, il fallait bien un peu de patriotisme.
10h10 : le départ est donné.
Le parcours commence avec une longue montée de 1.5km correspondant à l’ascension du Verazano bridge. Je la gère tranquilou. Je me sens étonnement bien, les sensations sont bonnes. Je cours les 2 premiers miles (pour mémoire, 1 mile = 1.61 km) à 15.3 km/h. Je saute le premier ravito au 3ème miles et décide d’attendre le suivant.
Je tourne les 3è et 4è miles à 15.6 km/h. Je vais encore plus vite mais me sens pousser des ailes. Je suis hyper à l’aise niveau cardiaque, à mon avis, même pas à 85% de FCM. Je restreins mes ardeur par prudence ; on vient de partir.
10h29 : Je passe au 5ème km en 19’26.
Je prends mon premier verre d’eau au 4è mile. C’est très froid alors je bois modérément.
Le public commence à être nombreux. Les premiers « Go France, go !» retentissent. Ca fait plaisir. Je salue de la main et en tape quelques unes.
Entre le 5ème km et le 15ème km, je vole littéralement. Je me sens toujours très à l’aise et j’en ai encore vachement sous le pied. C’est génial. Je réalise que j’ai quelque chose de très grand à ma portée alors je revois mon objectif à la hausse. Je prends mon premier gel au 7ème mile.
Je m’enquille un autre verre d’eau toujours aussi froid et une gorgée de gatorade (idem).
11h07 : Je passe au 15ème km en 57’45. Rien à signaler. Toujours bien.
On traverse les quartiers de Williamsburg et Greenpoint entre les miles 10 et 13. La route n’est pas large et la clameur du public telle qu’on ne s’entend plus courir. La sensation est bizarre… Pour la première fois, j’en viens à souhaiter un peu moins d’encouragements car ça en devient presque saoulant.
Je reprends un verre d’eau (malheureusement pour moi, la température ne s’est pas réchauffée).
11h32 : Je franchis la ligne du semi en 1h22’11s. C’est presque mon meilleur temps sur semi et pourtant, je suis sur un marathon. Je suis surpris par ma vitesse. J’essaie de prendre un peu de recul… Ca va, j’en ai toujours sous le pied. Pas de douleur. Je commence à rêver des 2h50. Je sais que c’est à ma portée car la dérive ne serait que de 6mn sur la deuxième moitié. C’est tout à fait jouable. Je jubile !!!
Mais je ne m’emballe pas car le semi est dans une montée de pont (franchissement d’un bras de l’East River) alors je gère.
Entre les miles 13 et 14, je prends mon deuxième gel. J’attrape au vol un verre de gatorade que je me renverse sur le bide. A défaut d’avoir pu assez boire, je reprends un verre d’eau… glacé… J’avale. C’est froid !
Les jambes tournent toujours super bien mais je commence à avoir froid. On est rentré dans une section plus fraîche du parcours, le soleil qui réchauffait jusqu’alors de quelques degrés est masqué. J’ai le bide qui me travaille, un petit nœud, mais je ne m’inquiète pas tant je suis à l’aise niveau musculaire.
Au 15è mile (24ème km) on attaque la montée du Queensboro Bridge. On est sur le pont du bas, en plein courant d’air et à l’ombre. J’ai vraiment froid et ça monte dur. Je raccourcis la foulée et suis toujours bien, même si je commence à sentir que les jambes travaillent. La montée est longue de 1.5km. Je passe le temps en scrutant Downtown Manhattan sur ma gauche. C’est magnifique.
A la différence de Brooklyn et du Queens où le public était partout, ici, c’est le grand silence. Personne. Si t’as froid, t’as encore plus froid… J’entends le vent siffler dans les poutrelles et armatures. Dans la montée, mes douleurs gastriques se sont accentuées. La faute je pense au froid, à ce fameux verre d’eau renversé, et à l’effort au niveau des abdos en montée. J’ai le ventre tellement noué que je dois m’arrêter. J’arrive néanmoins à tenir jusqu’au sommet du tablier. Je m’éclipse une minute derrière une poutrelle métallique du pont et me déleste. Cet aléa fait partie des « choses uniques » que j’aurai faites à NYC :-) La vue sur Manhattan était superbe :-)
Je repars. Ca va un peu mieux mais j’ai encore le ventre noué.
La descente du tablier du pont est devant moi. J’allonge la foulée. Je sais que je vais retrouver le feu de l’ambiance au virage de la 1ère avenue et "THE spot" du marathon niveau public.
Aie, problème !!! Je ne déroule pas comme je le souhaiterais… J’ai encore froid… et je me tape deux crampes sur l’extérieur de la cuisse au niveau de la hanche. Est-ce dû à mon arrêt inopiné ? J’ai les boules. Tout allait si bien jusqu’alors…
Je ne renonce pourtant pas. Je sais que c’est mort pour un 2h50 mais maintiens mon objectif de 3h. J’aborde la 1er avenue et découvre la foule. C’est impressionnant : on attend la clameur dès la descente du pont puis ça gonfle de plus en plus. Certains coureurs font l’extérieur pour claquer les mains des spectateurs. On se sent porté…
12h11 : 30ème km
J’en chie. Je suis à la limite de la crampe. J’ai toujours mal au bide. Je vois maintenant s’éloigner la barre des 3h. Je me force à profiter à fond de ce moment, à positiver. J’ai mal mais j’ai une chance inouie d’être ici et de courir ce marathon. Je refuse de m’arrêter une fois de plus alors j’ajuste ma vitesse de course pour être en mesure de tenir et me câle entre 10 et 12 km/h. Je me traîne mais essaie de positiver. Après tout, même si je fais 3h20, ça sera super.
32ème km : Re-traversée de pont au moment d’entrer dans le Bronx. Ca monte. C’est vraiment pas ce qu’il me fallait. Je ravale un gel sans conviction.
34ème km : J’en peux plus de ces poooonnnts…. Encore un pour repasser côté Manhattan. J’ai beau avancer à deux à l’heure, mes cuisses me font un mal de chien. Je sens parfois que mes muscles commencent à former une boule, alors je raccourcis illico la foulée de peur de choper une crampe. Je suis border-line…
Dernier rayon de ciel bleue sur cette fin de course cauchemardesque : je vois Anne-Laure qui m’encourage au 35ème. Mais le calvaire reprend.
Au 36ème, je suis au 36ème dessous. Lance Armstrong (dopé ? pas dopé ? en tous cas il lui manque une couille !) me dépasse avec sa cohorte de caméras et accompagnateurs en mal de succès. Je suis même incapable de le tenir tellement j’en chie. Là, j’ai vraiment les boules car je sais que j’aurais dû le fumer cette année sur cette course. J’en avais largement les moyens !
Alors je me raccroche au seul objectif qui me reste : ne pas m’arrêter. Quand on en chie vraiment, on se fixe les objectifs qu’on peut. Ne pas s’arrêter en est devenu un pour moi. Et bien c’était pas évident mais j’ai tenu.
Au 37ème, je rattrape un français qui en chie aussi. Il est taillé comme une allumette. Je l’encourage. Il grimace. On fait connaissance. On échange quelques mots sur nos mésaventures respectives. J’apprends qu’il fait 2h40 à Paris cette année. Je me dis qu’il y a finalement pire que moi… On décide de finir la course ensemble et de ne pas se lâcher. C’est cool. Je reprends des couleurs et retrouve de la joie dans cette course. Je lève la tête, salue les gens qui nous encouragent et scandent « Go France », « Go Frenchies ». Mon acolyte et moi claquons quelques mains. C’est sympa, bon enfant.
Au 40ème, je m’aperçois que je ferai mieux que 3h20. Pas terrible compte tenu de mon objectif initial, mais c’est déjà un cap.
J’ai l’impression de faire un footing pépère, à la douleur près (c’est pas rien…) On prend des nouvelles l’un de l’autre et on s’encourage mutuellement. C’est sympa. On en vient même à parler pompes : « comment tu trouves les Precision 7 chez Mizuno ? », « NYC c’est sympa… », « t’as fait quoi comme courses cette année ? »... Bref, on s’occupe… Ou on noie notre déception dans des banalités… Mais ça nous permet d’avancer. C’est déjà ça.
Le 42ème finit par arriver et je franchis la ligne les jambes en compote. 3h12. Je remercie mon partenaire de galère. Il me dit que sans moi il aurait marché et me remercie à son tour. Puis je me laisse guider par la multitude de volontaires. Je récupère ma médaille (enfin une qui est pas mal !), ma couverture de survie, et me dirige vers les camions UPS, à la recherche du n°55. Je trouve le début de la ligne et ça commence au numéro…. 1… Je réalise que je vais devoir marcher jusqu’au 55. Ca me paraît insurmontable tellement j’ai mal et froid. Alors je m’assois par terre et me mets en boule sous ma couverture de survie. J’y arriverai pas. Je mets 5mn pour défaire mes lacets tellement je suis à l’ouest. Pour info, ce sont des lacets de triathlon à élastiques, càd les lacets les plus simples qui soient à défaire !!! Quand je vous dis que j’étais à l’ouest ;-)
Puis je pense à Anne-Laure qui doit m’attendre. J’ai envie de la voir alors je me remets debout. Je remonte la file de camions un à un et finis par arriver au 55.
10mn plus tard je la serre dans mes bras. C’est bon… Elle est super contente et me félicite. Finalement, 3h12, c’est pas si mal…
Mes impressions 48h après…
A J+1, j’étais déçu et frustré. Et encore dégoûté de ne pas avoir mis sa rouste à Lance ! C’était une chance unique et j’ai l’impression de l’avoir gâchée. J’ai pris connaissance de tous les textos et messages de félicitations reçus. Pour les autres, ça semble très bien. Le hic, c’est que je ne cours pas pour les autres mais pour moi. Personne ne me fixe d’objectifs. Ce sont les miens. Bref, pas très content de ma prestation à chaud.
Puis mes impressions ont changé. Passée la déception, j’ai refait ma course dans ma tête. En la revivant, je me suis aperçu que je n’aurais pas pu faire mieux. Je suis allé au bout de ce que je pouvais donner physiquement. Je me suis arraché et je n’ai pas de regret. J’en aurais eu pour sûr si j’avais renoncé mais je me suis battu jusqu’au bout et ne me suis pas arrêté malgré la douleur. Et ça, c’est ma victoire.
Alors oui, j’étais parti pour et j’avais les moyens de faire péter un 2h50. Mais jusqu’alors, je n’avais jamais connu de défaillance en course. Depuis que je me suis mis au TRI et depuis que je cours, j’ai passé mon temps à améliorer mes temps et mes classements. Ca ne pouvait pas durer éternellement. Comme me le disait Anne-Laure, si il n’y avait que des perf, ce ne seraient plus des perf.
Ben voilà, sur ce marathon, j’ai connu une défaillance. Ca arrive. La pilule est forcément un peu difficile à avaler, mais ça fait partie du jeu : on ne peut pas toujours tout réussir.
Cette course m’aura permis d’accumuler encore de l’expérience dans un environnement de rêve et j’ai passé 5 jours mémorables à plus d’un titre !
Ah, au fait, quelques chiffres :
3h12mn23s
1754 / 37000
263ème dans ma catégorie d’âge
Y’a quand même pire…
J'ai mis quelques photos en ligne... cliquer à droite!
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