Ironman de Lanzarote - 19 mai 2007
Il est 4 heures lorsque le réveil sonne. La nuit a été courte. J’ai hâte d’y être. Repos forcé et régime hyper-glucidique depuis 3 jours m’ont chargé à bloc. J’ai envie d’en découdre mais le stress d’avant course refroidit mes ardeurs régulièrement. Vais-je y arriver ? J’en suis maintenant convaincu car j’ai confiance en moi et ma préparation. Seule incertitude : le temps que je mettrai.
J’avale un énorme bol de Blédine. A noter pour les sportifs amateurs du gateau sport : très digeste, quatre fois moins cher, mêmes qualités énergétiques. Je recommande !
5h15 : les supporters et compétiteurs chargent les voitures direction la zone de départ située Playa Grande à Puerto del Carmen. Je prépare mes sacs de transition : le bleu pour la transition 1 natation / vélo, le rouge pour la T2 vélo / course. Gonflage des pneus sous les photos, préparation du vélo, collage des gels sur l’aéro, remplissage de ma « Bentobox » avec des powerbars pré découpées pour gagner du temps, préparation de mes lunettes, dossard, casque, chaussures sur le vélo pour perdre le moins de temps possible. Tonio me prodigue ses derniers conseils avant d’enfiler la combi. Il me rappelle que j’aurai forcément pendant la course des moments de « moins bien ». C’est dans ces difficultés que je devrai gérer, m’accrocher, m’alimenter, ne pas m’affoler, et attendre que l’énergie revienne. Je suis maintenant serein, incroyablement zen, déjà dans ma bulle.
J’enfile ma combi dans la zone de transition, me badigeonne le cou et les aisselles de NOK anti-frottement et descends sur la plage avec les autres triathlètes d’Etampes.
H-30mn : j’arrête la boisson d’attente à base de fructose et attaque la boisson énergétique. Tonio, Fafa, Didier et moi nous échauffons quelques minutes dans l’eau. Le soleil n’est pas encore levé mais l’horizon prend de belles couleurs orangées. La sono crache ses centaines de watts, les flashs crépitent dans le jour naissant. Nos supporters sont quasiment aussi concentrés que nous, s’évertuant à ne pas nous perdre de vue dans la foule de triathlètes en combi néoprène et bonnet de bain orange. On se croirait dans « la marche de l’empereur ». Anne-Laure est émue, je le vois, et ça me booste encore plus !
H-10mn : je pars me placer avec Tonio sous l’arche de départ, juste derrière les pros. Nous envisageons de nager les 3,8km en une heure donc nous nous plaçons sous l’arche verte, synonyme en théorie de temps < 65 mn. Ce principe de SAS de départ est censé éviter les bousculades : 1076 triathlètes partant au sprint, ça fait des vagues. Mieux ne vaut pas être dans le paquet si on n’est pas sûr de soi !
7h00. Un coup de corne de brume. Le départ est donné. Ca part en sprint 20m sur la plage et l’armée de pingouins se jette à l’eau. Je prends mes premiers coups, me fait monter dessus. Je réplique sans état d’âme et distribue des baffes. Ma nage est posée dès le 150ème mètre environ. Je suis coincé près de la ligne de bouées mais ne m’affole pas : le paquet devant moi avance bien. Les sensations sont super bonnes : la mer est magnifique, les quelques bancs de poissons nous saluent, je déborde d’énergie. Gérer… surtout gérer… la natation ne doit pas m’entamer d’un poil.
A mi-parcours de la 1ère boucle de 1,9 km, je reconnais Tonio. Ce dernier prend mes jambes et nous finissons le premier tour ensemble.
Sortie de l’eau « à l’australienne » au bout de 1,9 km. Je sors en courant de l’eau, entends crier mon nom (AL et Fanfan sont là), lève le bras pour les remercier et replonge fissa. Je nage en 2-3-2-3. Toujours bien. Il y a même des cameramen plongeurs au fond. Excellent ! D’ailleurs, si l’un d’entre vous à Sport +, je veux bien une copie de la retransmission de l’Ironman…. Le 2ème tour passe sans problème. Je mène un groupe sur la première moitié et prends les jambes sur la deuxième. Sortie de l’eau en 58’59 en 64ème position. C’est cool.
Je cours vers la zone de transition en dé zippant ma combi et attrape au vol un verre d’eau pour me rincer la bouche. 1h en mer m’a laissé un bon goût salé dans les muqueuses. Juste le temps de mettre mon matos de natation dans mon sac de transition et je file vers mon vélo en courant. Et c’est parti pour les 180km de vélo. Le soleil s’est maintenant levé. Je suis content d’être là.
Le gros défi de la journée, c’est bel et bien gérer ces 180 bornes. Je sais que pour courir mon marathon proprement, il va falloir que je garde des ressources. Je n’hésite donc pas à passer sur le 39 dès que ça monte un peu trop. Si j’ai vraiment de la réserve, il sera toujours temps d’emmener le 52. J’attaque le vélo en me disant que j’en ai pour 6 bonnes heures, loin d’imaginer que je vais réussir à sortir un 5h36 soit 32 km/h de moyenne avec 2150m de dénivelé positif.
Mon timer bippe toutes les 10mn pour me rappeler de boire et de m’alimenter. Au K40, une moto de presse arrive à ma hauteur et prends des photos. C’est le photographe de TRIMAG. Il m’encourage. Sympa.
Au K50, à l’entrée du parc national de Timanfaya, je vois mon premier groupe de supporters (Hervé, Fanfan, Géraldine). Hervé me crie que je suis 50ème. Je pense « 50ème de ta caté ». En réalité, c’est 50ème au général.
Les km s’enchaînent. Toujours aucun problème. J’évite de me mettre dans le rouge en relançant trop fort.
K80 : Tonio me rattrape à Mancha Blanca. Je croise Mika qui du bord de la route me vocifère « JB, du calme ! la course n’a toujours pas commencé ». Inquiet, craignant d’avoir trop envoyé de watts, je lève le pied quelques minutes, mais je m’aperçois très vite que je me suis mis sur un rythme qui n’est pas le mien. Je réaccélère donc. Mais cette mise en garde de Mika a eu du bon : elle me fait prendre conscience que j’ai bien géré ma course jusqu’à présent et que je ne puise pas trop.
K90 : montée vers Teguise. J’attaque la deuxième partie du parcours et les deux difficultés : la montée du mirador de Haria au K104 (+550) et celle du mirador del Rio au K118 (+450). Je suis régulier, souple, à l’aise. Je passe sans forcer et sans me mettre dans le rouge, en reprenant même quelques gros gabarits, nettement moins à l’aise que moi en montée. NB tout de même : ces « gros gabarits » me colleront ensuite une mine en descente :-). On ne peut pas tout avoir.
Mon ravito perso m’attend au sommet du mirador de Haria, ainsi que mes parents, ma sœur et AL. Ca fait du bien de les voir et j’attaque la descente à bloc. La 2ème équipe m’a fait la surprise de m’attendre à la sortie de Haria, entre les deux miradors. De quoi me booster pour la dernière ascension.
Sans vouloir paraître présomptueux, la dernière montée m’apparaît être une formalité, malgré quelques rampes au dénivelé assassin que j’ai négocié au mieux en en gardant (encore une fois) sous le pied. On m’avait vraiment mis en garde ; j’ai respecté les consignes.
K120 : Je sens le coup de barre arriver. J’ai devant moi 20 bornes de plat sur voie rapide, vent de face. Je plafonne à 25 km/h. C’est dur. Je garde les consignes de Tonio en mémoire et en profite pour remplir la chaudière : banane, powerbar, powerdrink. J’attends que ça passe… Au K140, la pêche revient et mes supporters réapparaissent. Je suis bien. Je réalise que j’ai les moyens d’aller à la fin du vélo sans m’être trop entamé. De bon augure pour la suite…
K140-160 : la route est une succession de faux plats montants. Ca passe bien. Dernière bosse de 1 km environ puis c’est le début de la descente vers Puerto del Carmen. La partie vélo s’est passée idéalement bien.
J’approche de l’aire d’arrivée. La foule est partout. Le contraste est saisissant avec ces tronçons de plusieurs kms sans âme qui vive. Roche volcanique, pierres, coulées de lave, cactus, etc… La nature impose le respect. Ce passage lyrique est pour Fanfan et AS, complètement hermétiques à ces beautés sauvages et arides ;-)
Bref, je laisse les chaussures sur les cales et saute pieds nus de mon vélo. Au final, 5h36 pour les 180 bornes et 83ème temps vélo.
Transition éclair en 2’26. Casquette vissée sur la tête (le soleil cogne sévère) et running enfilées, je pars pour mon marathon. Pas mal aux cannes, j’attaque la première boucle à 13,5 km/h.
Le marathon consiste en 4 allers-retours de 10,7 km sur le front de mer avec deux bosses à passer, soit quatre montées par boucle. Dès le départ ; je saucissonne ma course. Psychologiquement trop difficile de me dire que je pars pour un marathon… je pars donc en me disant que je cours un beau semi-marathon et après, et bien on verra…
Je boucle les premiers 21,1 km en 1h38mn. Je suis satisfait mais la fatigue se fait sentir et je sais bien que je serai incapable de tenir le rythme sur le 2ème semi.
Mes supporters sont de précieux alliés. Leurs encouragements me boostent. Mais musculairement, c’est très dur… au sens propre et figuré : j’ai deux bûches à la place des quadriceps. Pour ne pas sortir de ma course et rester concentré, je me crée un masque. Visière de casquette baissée au maximum, lunettes de soleil sur les yeux, je ne laisse rien paraître. Rien qui pourrait aider un concurrent en lui montrant que j’en chie plus que lui. Je m’accroche. Je regarde à 5 mètres devant moi seulement.
Le 3ème tour n’est pas un chemin de croix mais pas loin. Je suis à l’aise niveau cardiaque mais les kms pèsent. Difficile de dérouler proprement et ma foulée raccourcit.
J’avais 3 objectifs en m’inscrivant à cet Ironman :
1- finir
2- ne jamais marcher
3- faire si possible moins de 12h
Je sais à ce stade que j’atteinds le 1 haut la main, je vais exploser le 3. Alors il me reste le 2 à tenir, ce que je fais. Je boucle les deux derniers tours à 10,5 km/h, sans m’arrêter, même pas pour les ravitos. J’avale mes gels à la volée avec un verre de coca. Je suis maintenant dans le dernier tour. La ligne d’arrivée n’a jamais été aussi proche. Dernières bosses puis j’allonge la foulée dans la dernière ligne droite. Je lève les bras, aperçois mon père dans la tribune et je crie ma rage et mon bonheur.
Six mois de préparation et une perf magnifique à l’arrivée, que jamais je n’aurais rêvée.
IRONMAN de Lanzarote bouclé en 10h15mn35s :
Natation 58’59
Vélo 5h36’50
Course 3h33’02
58ème / 1070
19ème dans mon groupe d’âge 30-34 sur 196 arrivants. Le roll-down pour les championnats du monde à Hawai a poussé jusqu’à la 11ème place, donc pas de regret.
10h15 qui m’auront une fois de plus permis de repousser mes limites. Avec une bonne préparation, de la confiance, de la volonté, de l’humilité, et un bon gros mental, on peut tout faire. J’en sors grandi, serein, peut-être différent. Je me connais encore mieux qu’avant.
10h15, ça peut paraître long, mais après coup, je me dis que c’est passé trop vite. Cette course était un aboutissement. En ce sens, c’était la consécration d’une dure préparation hivernale. J’y ai donc pris beaucoup de plaisir. Le plus difficile et ce qui fait le prix de la réussite, c’est le nombre d’heure consacrées à l’entraînement, les heures de sommeil en moins, l’absence de grasse mat’ avec sa copine, les soirées avortées… Sauf catastrophe, le travail et le sérieux finissent toujours par payer.
La course n’était finalement qu’une formalité… Mais il fallait franchir la ligne pour s’en rendre compte.
Finir en 10h15 l’Ironman de Lanzarote est à ce jour mon plus beau moment de sport compte tenu de l’investissement perso qu’il a requis. Je ne le dois qu’à moi-même et c’est ce qui en fait le prix. Pour autant, c’était pas gagné d’avance : entre deux déménagements, un boulot à plein temps, une copine enceinte, la préparation n’a pas toujours été la priorité et c’était normal. Je tire mon chapeau à Anne-Laure qui a toujours été derrière moi, toujours conciliante et compréhensive. J’ai de la chance !
Et tant qu’on est dans les mercis, impossible de ne pas citer le nom des furieux supporters qui ont fait vibrer les routes de Lanza au son des prénoms des quatre triathlètes d’Etampes engagés (Tonio, Fabrice, Didier et moi) : Fanfan, mes parents, Anne-Laure, Soph, Hervé, Géraldine, Mika, Manu, Fanny, Laetitia, Christiane, Martine…
J’espère que vous avez pris votre pied. En tous cas, moi oui !!!
Mes respects à Tonio qui décroche sa 4ème qualif pour les championnats du monde à Hawai en 10h19.
Chapeau à Didier qui a pris des coups en natation, vomi ses tripes, mais qui a tenu bon jusqu’au bout et finit en 11h14.
Bravo à Fafa qui n’a pas fait la course dont il aurait rêvé, qui en a beaucoup chié en course à pied, mais s’est battu jusqu’à la fin. 11h28.
Les photos, c’est dans l’album à droite.
A la prochaine ?